Planches Contact à Deauville : Émeline Sauser primée pour ses nuits auprès de Thibault

À Deauville, le festival Planches Contact a remis son prix du jury de la Jeune création à Émeline Sauser. La photographe y présente une série bouleversante sur Thibault, un habitant de Bayeux rencontré pendant sa résidence normande. L’exposition reste visible jusqu’au 3 janvier. Pour qui s’intéresse à la photographie documentaire et au récit en images, elle mérite le détour. Elle rappelle aussi qu’un projet photo se transforme souvent en cours de route.

Une 17e édition placée sous le signe des générations #

Planches Contact repose sur un principe simple : des photographes, confirmés ou émergents, sont invités en résidence pour explorer la Normandie, comme le rappelle la page du festival aux Franciscaines de Deauville. Leurs images, produites sur place, sont ensuite exposées dans la ville.

Selon le dossier de presse 2026, cette 17e édition est consacrée aux générations. Elle s’inscrit aussi dans le bicentenaire de la photographie, célébré par le ministère de la Culture de 2026 à 2027. Le thème se prête bien au médium. Transmettre, vieillir et regarder ceux qui nous précèdent ou nous suivent sont des sujets que la photographie travaille depuis ses débuts.

À lire Robert Capa à Saluzzo : 100 photos pour revoir la naissance du photojournalisme

« On aurait dû vivre une nuit, on est resté quatre mois ensemble » #

Le projet d’Émeline Sauser, raconté par actu.fr, partait d’une idée de rencontre. La photographe voulait partager les nuits d’habitants de Normandie, dans l’esprit de l’émission « J’irai dormir chez vous ». Elle a donc lancé un appel, et plusieurs personnes ont répondu.

Parmi elles, Thibault, un Bayeusain de 48 ans. Il lui écrit qu’il est insomniaque, qu’il ne se sait pas « spécialement photogénique », mais qu’il peut l’accueillir. Il lui explique aussi qu’il est condamné par la maladie. « On aurait dû vivre une nuit, on est resté quatre mois ensemble », résume la photographe auprès d’actu.fr. Le projet initial s’efface alors devant cette rencontre.

La série suit Thibault dans les hauts et les bas de sa maladie, mais aussi dans leurs trajets, notamment dans le Cotentin. La photographe insiste sur la joie qui traversait ce voyage. Une image résume l’ensemble : Thibault brûlant la perruque qu’il détestait, sur un terrain face à la mer, près de la chapelle Saint-Siméon, à Aure-sur-Mer. C’est là qu’il a choisi que ses cendres seraient dispersées. Thibault est mort le 8 juillet. Une lettre qu’Émeline Sauser n’a pas eu le temps de lui envoyer est exposée à côté des photographies.

Ce que ce travail apprend sur la photographie documentaire #

Au-delà de l’émotion, ce projet illustre plusieurs choses utiles à quiconque pratique la photo de reportage ou de portrait, même en amateur.

À lire La surprenante vérité derrière le projet IN EXTREMIS de Sandro Giordano qui révolutionne l’art de la chute visuelle

Accepter que le sujet change

Le projet de départ, une série de nuits chez des inconnus, n’est pas celui qui est exposé. La photographe a laissé la rencontre réorienter son travail. C’est souvent le cas en documentaire : le plan de départ sert à ouvrir des portes, pas à fixer le résultat. Mieux vaut garder un cadre souple et noter ce qui surprend en chemin.

Le temps long avant la technique

Quatre mois aux côtés d’une même personne permettent des images qu’aucun objectif ne remplace. La confiance construite sur la durée donne accès à des moments intimes, et la présence du photographe finit par ne plus peser. Pour un projet personnel, il vaut mieux revenir plusieurs fois au même endroit, auprès des mêmes personnes, que multiplier les sujets.

Associer l’image et le texte

À Deauville, chaque photographie est accompagnée d’un texte, et la lettre jamais envoyée fait partie de l’accrochage. Associer l’image et l’écrit permet de dire ce que l’image seule ne dit pas : le contexte, la relation, le hors-champ. C’est un levier à garder en tête pour une exposition, un livre photo ou une simple publication en ligne.

Les autres lauréats invités et le prix du public #

Quatre photographes ont été invités à Deauville dans le cadre du prix de la Jeune création, précise actu.fr. Aux côtés d’Émeline Sauser, Mathias Benguigui présente Panser nos guerres, Juliette Pavy Les Eaux Noires, l’héritage toxique de la Seconde Guerre mondiale, et Flore Prébay Les présents.

À lire L’histoire fascinante de la photographie noir et blanc, de ses origines à Thomas Wedgwood

Le public peut lui aussi voter pour son projet préféré : le vote pour le prix du public reste ouvert jusqu’à la fin du festival, le 3 janvier. Les vacances de la Toussaint puis les fêtes de fin d’année laissent le temps d’organiser une visite sur la côte normande.

SJ Camera Studio est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Inspirations Photos

Sites partenaires — Culture & Médias : Bjs Info · Slfisoloir · Psp Premiers
Sur le meme sujet : agence web 123web • développeur full-stack freelance