Robert Capa à Saluzzo : 100 photos pour revoir la naissance du photojournalisme

Depuis le 23 octobre, la Castiglia de Saluzzo, ancienne forteresse des marquis transformée en musée dans le Piémont, accueille une rétrospective consacrée à Robert Capa. Elle reste ouverte jusqu’au 29 mars 2027. Intitulée « Robert Capa. Dentro la storia » (« au cœur de l’histoire »), l’exposition réunit 100 photographies issues des collections de l’International Center of Photography de New York, selon la présentation officielle de la Fondazione Artea, qui l’organise avec les communes de Caraglio et de Saluzzo.

Pour qui fait de la photo aujourd’hui, avec un hybride, un compact ou même un smartphone, c’est l’occasion de revoir le travail de celui qui a changé la façon de raconter un événement en images. Ce n’est pas qu’une page d’histoire : c’est une leçon de cadrage et de placement, toujours valable.

Une exposition construite comme un parcours de photographe #

La commissaire, Monica Poggi, a découpé le parcours en sept sections chronologiques. Les photographies sont accompagnées de magazines illustrés, de livres et de documents d’archives, qui permettent de les replacer dans leur contexte de publication d’origine. Ce détail compte : on voit comment une image a été choisie, recadrée et mise en page par les rédactions de l’époque, et pas seulement le tirage isolé sur un mur.

À lire La surprenante vérité derrière le projet IN EXTREMIS de Sandro Giordano qui révolutionne l’art de la chute visuelle

Des débuts à Berlin et Paris jusqu’à l’Indochine

La première salle couvre les années de formation entre Berlin et Paris. On y trouve le portrait de Léon Trotski pris à Copenhague en 1932 et des images du Tour de France. La deuxième est consacrée à la guerre d’Espagne, que Capa couvre à partir de 1936 avec Gerda Taro, autour de la célèbre image du « Miliziano colpito a morte ». Viennent ensuite le reportage en Chine en 1938, pendant la guerre sino-japonaise, puis la Seconde Guerre mondiale aux côtés des troupes américaines, en Italie puis sur le front de l’Ouest.

D’après le compte rendu de Finestre sull’Arte, la cinquième section porte sur l’après-guerre au Mexique, en Israël et en Union soviétique. La sixième montre un Capa moins connu : reportages de mode et d’art de vivre pour Life et Vogue, portraits d’amis artistes et écrivains. Le parcours se termine au Japon en reconstruction, puis en Indochine.

La proximité, ce que Capa a changé dans la photo de reportage #

Les organisateurs insistent sur un point : chez Capa, la photographie n’est plus une observation à distance. Elle repose sur la proximité avec la scène et cherche à faire entrer le spectateur dans l’image. C’est ce qui a fait de lui, selon la fondation, un tournant dans la relation entre l’image, l’événement et celui qui regarde.

Ce qu’on peut en tirer pour ses propres images

La première leçon tient au placement plus qu’au matériel. Avant de chercher un téléobjectif plus long, essayez de vous rapprocher physiquement de votre sujet, dans le respect des personnes photographiées. Une focale fixe courte, autour de 35 ou 50 mm, oblige à faire ce pas en avant. Elle donne aussi des images plus proches de ce que l’œil perçoit.

À lire L’histoire fascinante de la photographie noir et blanc, de ses origines à Thomas Wedgwood

La deuxième concerne le récit. Les sections sur la guerre d’Espagne ne montrent pas que les combats : on y voit la vie quotidienne des soldats, les moments d’attente, puis les réfugiés. Quand vous couvrez un événement, même modeste, un mariage, une course, une fête de quartier, pensez à la série complète. L’avant, les à-côtés, l’après comptent autant que l’image la plus spectaculaire.

La troisième, c’est la mise en page. Voir les magazines de l’époque rappelle qu’une photo de reportage est faite pour être publiée et accompagnée d’un texte. Laisser de l’espace dans le cadre, varier plans larges et plans serrés, c’est penser déjà à la manière dont la série sera lue.

Un double rendez-vous avec Marc Riboud #

L’exposition fait partie d’un projet plus large de la Fondazione Artea, présenté sur son site sous le titre « Sguardi sul Novecento ». Dans la même province de Cuneo, le Filatoio de Caraglio accueille en même temps « Marc Riboud. Verso il mondo ». La fondation la présente comme la première grande rétrospective en Italie consacrée au photographe français depuis sa disparition. Les deux hommes ont appartenu à l’agence Magnum Photos.

Un programme d’événements publics accompagne les deux expositions. Les horaires et les conditions de visite sont à consulter directement sur le site de la fondation avant de se déplacer.

À lire Comment réussir à vivre de la photographie en maîtrisant ses fondamentaux

Faut-il faire le voyage ? #

Pour un lecteur français, le Piémont n’est pas au bout du monde, et l’exposition dure tout l’hiver. Les deux rétrospectives, ouvertes en même temps, en font un week-end photo cohérent : deux regards de Magnum, deux façons de raconter le XXᵉ siècle. Ceux qui ne pourront pas s’y rendre peuvent toujours se replonger dans les livres de Capa, en regardant moins le sujet que la place du photographe : à quelle distance il se tenait, à quel moment il a déclenché, et ce qu’il a laissé hors du cadre.

SJ Camera Studio est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Inspirations Photos

Sites partenaires — Culture & Médias : Bjs Info · Slfisoloir · Psp Premiers
Sur le meme sujet : agence web 123web • développeur full-stack freelance